Thierry Lhermitte... ou quand les bronzés font de l'Hadopi

Source : PcInpact


Le ministère de la Culture avait choisi Extelia, une filiale de la Poste, pour identifier les internautes qui téléchargent sur la toile. Mais côté professionnel, un autre appel d’offres avait été lancé par les ayants droit, dont la Société civile des producteurs phonographiques (SCPP). Deux sociétés sont sur les rangs, AdVestigo et TMG (Trident Media Guard). TMG est un acteur moins connu dans nos colonnes, même s'il compte dans ses rangs une personnalité : Thierry Lhermitte.

À l’appui de certains bruits affirmant que TMG avait remporté l’appel d’offres, Alain Guislain, président du Conseil d’Administration de Trident Media Guard (TMG) nous a simplement dit « vous en savez plus que moi », niant l’information qui était tombée dans nos poches ce matin.

Du côté des ayants droits, on est plus clair : « Pour l’instant nous n’avons pas signé de contrat,  » nous a confié cet après-midi Marc Guez, président de la SCPP. « Nous sommes encore en pleines négociations. »

Le contrat pourrait cependant être bouclé dans les semaines qui viennent.  « C’est une priorité que d’arriver à conclure avec l’un ou l’autre, on est en phase finale ». Une dernière étape restera alors à franchir : l’aval de la CNIL, puisque le dossier qui manipule des données personnelles devra être soumis à cet ultime examen.

TMP, une société spécialisée dans le P2P

Interrogé, Alain Guislain, de TMG, a encore refusé de nous décrire même schématiquement sa solution de surveillance et de repérage.

Le spectre de cette fameuse TMP est large : sur le web, on découvre que l'intéressé est inventeur avec Bastien Casalta, un autre administrateur, d’une technologie dont on retrouvera le dépôt de brevet ici (et où Trident Media Guard est citée). Cette technologie vise à défendre les données copyrightées en injectant des faux contenus sur les réseaux. D’ailleurs, Bastien Casalta avait remporté en 2005 un coup de pouce de 40 000 euros pour son activité, des « logiciels bloquants les téléchargements illégaux ».

« Pour l'internaute, cela se traduit par un timeout lors du téléchargement, voire l'impossibilité de démarrer le téléchargement. TMG couvre aujourd'hui l'ensemble des grands réseaux peer-to-peer et surveille ceux en passe de le devenir. La solution proposée par TMG est une technologie non intrusive et respectueuse de la vie privée » expliquait en mai 2006 toujours Alain Guislain au Journaldunet. Comme un écho, sur cette page,  on peut lire le témoignage d'un internaute qui se plaint de bugs sur son accès P2P (« Who the heck is Trident Mediaguard? They have been hitting me every 30 seconds for 2 days now. I haven't d/l anything from a torrent site for 2 days and my client has been turned off. Will they ever give up? », octobre 2006).

Mediaguard.info

TMG était abrité autrefois sous le domaine Mediaguard.info. Ainsi, dans ce PDF de mai 2006, ce même Alain Guislain décrit : « pour créer notre société, spécialisée dans la protection de fichiers sur le peer-to-peer, nous avons bénéficié du soutien d’un réseau d’acteurs très efficace. La CCI, le comité ALIZE, Nantes Initiative, Atlanpole, Nantes Métropole Développement, le réseau Entreprendre, mais aussi de grands groupes comme EADS / Airbus ou TOTAL, tous ont soutenu notre projet et nous avons pu lever 750 000 euros auprès du fond d’investissement Ouest Ventures », fonds créé par Thomas Bugler, qui occupe le poste d’administrateur de TMG aujourd'hui.

Thierry Lhermitte, acteur et administrateur

Outre des banques et de grosses sociétés, d’autres personnes connues ont cru dans cette société "de statistiques et expertise sur les P2P et  Technologie de protection". C’est le cas l’acteur Thierry Lhermitte. Il est lui aussi administrateur de TMG, société dont le capital a encore été augmenté en juin dernier (l'information se confirme facilement).

Dans un article de Challenges, l'acteur donne par ailleurs son avis sur la loi Hadopi, loi dont on comprend le vif intérêt à ses yeux : « Ecoutez, depuis le vote de ce texte, on peut espérer que le piratage va diminuer. Trouver que cette loi est liberticide, c'est ridicule! Si quelqu'un volait un CD à la Fnac, est-ce qu'on trouverait 'liberticide" d'envoyer un e-mail disant "Attention, vous avez volé un CD, ne recommencez plus" (...) Quand un producteur nous apporte un film à protéger, nous en rélevons l'empreinte numérique, et nous allons ensuite en rendre le téléchargement illégal cauchemardesque. Exemple? Nous allons inonder les sites illégaux de fichiers "leurres" : vous croyez télécharger Micmacs à tire-larigot, et, en fait, le fichier contiendra autre chose. »

Le mois de décembre sera riche : outre la publication des décrets d'application de la loi Hadopi, on devrait connaître l'heureux élu de l'appel d'offres. Les mauvaises langues répondront qu'une autre chose est certaine dans ces histoires : plus le piratage sera fleurissant, plus les sociétés spécialisées dans la surveillance auront un marché rémunérateur... La peur et l'argent de la peur, en somme...


Thierry Lhermitte fera-t-il fortune grâce au piratage ?

source : PcInpact

Nous indiquions hier que Thierry Lhermitte avait pris fait et cause pour l’Hadopi. Et pas qu’un peu : l’acteur est administrateur de Trident Media Guard. En fait, l’une des deux sociétés qui ont répondu à l’appel d’offres des ayants droit pour organiser la surveillance des réseaux, étape inévitable pour lancer la riposte graduée.

Fait piquant, à la lecture des documents comptables de cette structure, on apprend que le 8 juin 2009, l’AGE ou Assemblée Générale Extraordinaire des associés de la société votait une augmentation du capital par voie d’apport en numéraire.

« 5 000 actions étaient émises au prix unitaire de 10 euros » indique le compte rendu (notre capture). Et c’est Thierry Lhermitte qui mettait la main au portefeuille en souscrivant la totalité de ces nouvelles actions : 50 000 euros versés en numéraire sur un compte de la société commerciale contre ces 5 000 actions.

Lorsqu’on quitte ces petites opérations locales et qu’on prend un peu de hauteur, on remarque aussi que la transaction s’inscrivait dans un environnement des plus porteurs : quelques jours avant, voilà le Parlement qui adoptait le projet de loi « favorisant la diffusion et la protection de la création sur Internet » dit Hadopi 1. C’était au Sénat, le 13 mai 2009...

Par un  jeu de vases communicants, l’heureux vainqueur de l’appel d’offres des ayants droit sera face à un business en or si l’on croit au sérieux des chiffres tambourinés par les majors. Comme dans l'immobilier, il n'y a décidément pas de petit profit, même avec Hadopi.